Façades aveugles [et borgnes]

Les façades aveugles sont ces murs qui ont été construits
à l’abri des cours, l’un contre l’autre, cachés, protégés
car on n’avait pas la place ou l’utilité de leur donner une vie propre. Certains d’entre eux s’offrent aujourd’hui aux regards,
au gré des transformations urbaines. Les murs bougent,
des ilôts entiers sont rasés, la ville change; on leur propose
une seconde chance. Ils apparaissent soudain, mal préparés
avec leur aplomb maladroit, leur peau de papier peint
à demi arrachée, les traces des cloisons des anciens
appartements. Des coquilles vides surgissent dans la ville,
dents creuses, carries en passe d’être rebouchées ou promises
à un enduit intégral.
Et puis il y a le vertige, la verticalité, la masse de briques
qui se dresse soudain, la coupe franche, dure, dans
le paysage. Le ciel.
Sur leur dos, souvent, on lit l’histoire que la ville nous
raconte, les strates accumulées, les traces encore visibles
d’un passé pas si lointain. Une impression de déséquilibre
se crée soudain lorsque l’on passe devant l’un de ces murs
chancelant, au bord du précipice, au coeur de la ville.

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